***[...]
***Mais il s'arrêta brusquement, stoppé par la vision de la scène qui se déroulait juste devant ses yeux.
***Il sentit son coeur se refroidir. Comme s'il venait d'être trempé dans un bac à glaçon. Froid. Dur. Il s'était transformé en une pierre lourde, un fardeau glacial creusant un trou profond à l'intérieur de son corps. Chacun de ses battements résonnait maintenant tellement fort dans ses tempes que l'enfant n'entendait plus la conversation -devenue monologue- que tenait son ami, juste à coté de lui. Non. Il était absorbé par elle. Elle. Elle, à quelques mètres, à peine, entourée dans la veste qu'il lui avait prêtée, lui, qui l'embrassait chaudement. Elle souriait, insouciante, ne sachant pas qu'au même instant et à seulement une poignée de pas d'eux l'enfant les observait.
***Il sentit sous sa chemise chacune de ses fibres pileuses se redresser de ses mains tremblantes jusqu'aux pointes de ses épaules. Le sourire qu'elle arborait lui était insoutenable. Cette insouciance, cette légèreté, cette jouissance de l'instant qu'elle vivait, sous ce ciel noir qui caressait tendrement ses cheveux.
***C'était trop pour ce pauvre gamin, la voir, elle, en cette magnifique soirée, dans d'autres bras... Ses muscles se déchirèrent un à un. Ses os craquelèrent, tandis que le trou semblait toujours s'agrandir en lui. Une faille immense, qui l'ouvrait en deux de la gorge jusqu'à l'estomac. Les larmes ne vinrent pas, pourtant. Il pleurait là, mais ses yeux restant secs, en silence, seul... Seul...
***"Oh Jeff tu m'entends ?"
***Soudain il revint de ses émotions. Cette phrase venait de balayer cette vague qui le submergeait, tentant de le noyer sous un flot de chagrins. Il était dans la voiture. Cinq secondes, peut-être moins, s'étaient seulement écoulées. Mais pour lui cela avait duré des semaines. Ne sachant pas quoi répondre, il tourna son regard, et quelques mots sans aucun rapport apparent sortirent, hésitants, comme si leur mission était de s'assurer que l'endroit était sûr pour parler librement. Le gamin trembla encore une seconde ou deux, puis annonça cette fois de vive voix
***"C'était elle. Contre la voiture. Dans le pull noir, avec les bottes. C'était elle. J'en suis persuadé."
***Le son du moteur faiblit, la vitesse de la voiture se réduit. Un coup d'oeil dans le rétro suffit à son ami pour comprendre ce qui se passait. Ce n'était pas qu'une simple hallucination cette fois. Elle était vraiment là, à dix mètres à peine.
***Un instant plus tard, la voiture redémarrait, laissant derrière elle l'innocence et la légèreté s'exprimer en toute quiétude. Les phares rouges disparurent dans la brume lointaine, en ne laissant pour seule emprunte éphémère que le vrombissement du moteur qui hurlait le désespoir et la solitude planante ironiquement sur le parking de ce restaurant.
***Mais il s'arrêta brusquement, stoppé par la vision de la scène qui se déroulait juste devant ses yeux.
***Il sentit son coeur se refroidir. Comme s'il venait d'être trempé dans un bac à glaçon. Froid. Dur. Il s'était transformé en une pierre lourde, un fardeau glacial creusant un trou profond à l'intérieur de son corps. Chacun de ses battements résonnait maintenant tellement fort dans ses tempes que l'enfant n'entendait plus la conversation -devenue monologue- que tenait son ami, juste à coté de lui. Non. Il était absorbé par elle. Elle. Elle, à quelques mètres, à peine, entourée dans la veste qu'il lui avait prêtée, lui, qui l'embrassait chaudement. Elle souriait, insouciante, ne sachant pas qu'au même instant et à seulement une poignée de pas d'eux l'enfant les observait.
***Il sentit sous sa chemise chacune de ses fibres pileuses se redresser de ses mains tremblantes jusqu'aux pointes de ses épaules. Le sourire qu'elle arborait lui était insoutenable. Cette insouciance, cette légèreté, cette jouissance de l'instant qu'elle vivait, sous ce ciel noir qui caressait tendrement ses cheveux.
***C'était trop pour ce pauvre gamin, la voir, elle, en cette magnifique soirée, dans d'autres bras... Ses muscles se déchirèrent un à un. Ses os craquelèrent, tandis que le trou semblait toujours s'agrandir en lui. Une faille immense, qui l'ouvrait en deux de la gorge jusqu'à l'estomac. Les larmes ne vinrent pas, pourtant. Il pleurait là, mais ses yeux restant secs, en silence, seul... Seul...
***"Oh Jeff tu m'entends ?"
***Soudain il revint de ses émotions. Cette phrase venait de balayer cette vague qui le submergeait, tentant de le noyer sous un flot de chagrins. Il était dans la voiture. Cinq secondes, peut-être moins, s'étaient seulement écoulées. Mais pour lui cela avait duré des semaines. Ne sachant pas quoi répondre, il tourna son regard, et quelques mots sans aucun rapport apparent sortirent, hésitants, comme si leur mission était de s'assurer que l'endroit était sûr pour parler librement. Le gamin trembla encore une seconde ou deux, puis annonça cette fois de vive voix
***"C'était elle. Contre la voiture. Dans le pull noir, avec les bottes. C'était elle. J'en suis persuadé."
***Le son du moteur faiblit, la vitesse de la voiture se réduit. Un coup d'oeil dans le rétro suffit à son ami pour comprendre ce qui se passait. Ce n'était pas qu'une simple hallucination cette fois. Elle était vraiment là, à dix mètres à peine.
***Un instant plus tard, la voiture redémarrait, laissant derrière elle l'innocence et la légèreté s'exprimer en toute quiétude. Les phares rouges disparurent dans la brume lointaine, en ne laissant pour seule emprunte éphémère que le vrombissement du moteur qui hurlait le désespoir et la solitude planante ironiquement sur le parking de ce restaurant.